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Biographie de Guillaume CORNEILLE

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Dimanche 05 septembre 2010, Guillaume Corneille van Beverloo s'est éteint. Il repose désormais au cimetière d'Auvers-sur-Oise (FR) aux côtés de Vincent Van Gogh.

Corneille est l'un des plus grands Maîtres de la peinture du XXe et XXIe siècles. Cofondateur en 1948 du mouvement COBRA, il n'aura de cesse durant touts sa carrière d'expérimenter, d'inventer et d'imaginer en toute liberté.

Mondialement connu pour être le peintre de la couleur, l'Oiseau, la Femme, la Nature et la Musique seront les thèmes récurrents de son oeuvre magistrale. Éternel humaniste et amoureux de la vie, il nous confiait une fois encore:

"Dans ma longue vie de peintre, j'ai tout vécu avec passion, et si c'était à refaire, je referais la même chose. De ma vie, j'en ai fait une belle journée colorée."

Guillaume Corneille van Beverloo est né en 1922 de parents néerlandais à Liège (BE), où il passe de nombreuses années de son enfance. En 1943, après un court passage à l’Académie des beaux-arts d’Amsterdam où il trouve l’enseignement trop académique, il abandonne le cursus classique pour expérimenter et s’exprimer librement. La guerre éclate malheureusement et projette son ombre néfaste sur le Monde. Contre toute probabilité et malgré l’enfer de la guerre, Corneille continue de peindre. À la libération, il décide d’oublier cette période terrible et embrasse la liberté à pleines mains.
En 1947, il est invité à exposer ses peintures à Budapest. Il y découvre les œuvres de P.Klee et rencontre J. Doucet. De retour aux Pays-bas, il crée en 1948 avec K. Appel et Constant, l’Experimentele Groep Amsterdam et Reflex. Le 8 novembre de la même année, en opposition au surréalisme d’A. Breton trop théorisant, Corneille avec ses deux compagnons hollandais, les artistes belges C. Dotremont et J. Noiret ainsi que l’artiste danois A. Jorn, fonde à Paris le groupe COBRA.

Ce mouvement artistique expérimental devient l’un des mouvements les plus important d’après guerre. COBRA est plus qu’un mouvement ou un collectif d’artistes. C’est un état d’esprit et un mode de vie. Michel Ragon écrira à ce sujet : « COBRA est moins une tendance qu’une occasion de rencontres heureuses. ». Les tableaux du groupe COBRA donnent vie à des personnages parfois proches de l’art primitif, inspirés par l’art populaire principalement nordique. Ce bestiaire est également emprunt de Contes et de Fables traditionnelles danoises. Les artistes COBRA inventent aussi des créatures et des bestioles inspirées par les dessins d’enfants ou des aliénés mentaux. L’important pour Corneille et ses compatriotes est de s’exprimer librement à travers les couleurs, les matières et les mots, sans contraintes ni règles. Corneille peint principalement, mais ses œuvres plastiques sont très souvent accompagnées de poèmes. Durant trois années, les « COBRAS » travaillent seuls ou en collectif, de manière intensive. Ils créent des œuvres uniques, impriment de nombreuses publications (COBRA, le Petit COBRA, Le Tout Petit COBRA) et organisent des ateliers (10 rue de la Paille à Bruxelles), des réunions débat (les samedis d’Atlan à Paris) et des expositions regroupant des artistes internationaux. Le dénuement, les maladies et les querelles mettent fin à COBRA le 6 novembre 1951 avec leur dernière Exposition internationale d’Art expérimental qui a lieu aux Musées des Beaux-arts de Liège. Comme l’a si bien exprimé C. Dotremont, COBRA a été « le marché commun de la misère et de l’exubérance ». Cette dernière exposition n’a déjà plus grand chose à voir avec l’esprit COBRA, invitant des artistes aux préoccupations et aux horizons divers (par exemple Giacometti), mais elle permet une fois encore de bousculer la vision d’un art encore trop institutionnel.

Après la dissolution du groupe, chaque acteur de COBRA suit un chemin personnel, en gardant des contacts avec les uns et les autres. Ils continuent parfois à créer des œuvres à « quatre mains », comme J. Noiret avec T. Wolvecamp et à réaliser des projets collectifs. Corneille travaille beaucoup avec Hugo Claus, un de ses plus proches amis et collaborateur COBRA, apportant aux textes de celui-ci des dessins, des gravures ou des lithographies, et vice-versa. La liste des artistes avec lesquels Corneille a travaillé est très longue car il est un artiste d’une générosité extrême, toujours avide de nouveauté.

À partir des années 50, ayant déjà émigré à Paris, il commence à exposer dans les grandes galeries parisiennes comme la Galerie Maeght (1950), la galerie de Colette Allendy (1954), la Galerie Ariel (1961), et à New-york dans la Lefebre Gallery (1962). Il expose aussi dans des musées comme le Musée de Curaçao (1954), le Palais des beaux-arts, Bruxelles, Belgique (1956) ou encore au Stedelijk Museum d’Amsterdam aux Pays-bas (1956 et 1960). Depuis, ses oeuvres sont exposées et référencées dans les plus grands musées du Monde.

Mondialement connu pour ses peintures et dessins, Corneille a tout au long de son parcours expérimenté et découvert de nouveaux medium pour s’exprimer. Ce qui compte pour lui, c’est « la créativité avant tout ! ». Il écrit avec beaucoup talent, des poèmes, des critiques d’art. Son Journal de la Tour (1976), accompagné de ses dessins merveilleux, en est un vif exemple. La photographie tient aussi une place très importante dans sa vie (photographies de nus, photographies d’Afrique). Grand graphiste, Corneille crée aussi des lithographies, des aquagravures, des gravures, mais aussi des sculptures (en céramique, en bronze, en résine, en verre), des bijoux d’artiste, de la vaisselle en porcelaine de Limoge, des tapisseries, etc., rendant ainsi accessible à un plus grand nombre ses oeuvres. Grand novateur, il est l’un des premiers artistes à créer des œuvres pour la promotion d’une banque (ABN AMRO, Pays-bas) ou d’un organisme (GREENPEACE, Pays-bas). Avide d’expérimentations, ayant toujours gardé un esprit ludique d’enfant, il projette ses dessins sur des stylos, des voitures, un ballon dirigeable, des cravates, et même un Tram d’Amsterdam. Comme le dit si joliment sa femme, Natacha van beverloo-Corneille, en s’inspirant de la phrase célèbre d’A. Rimbaud, «Corneille est un éternel voyageur, un homme aux semelles de vent avec toujours un pied dans le bac à sable, un jeune grand peintre. »

Corneille a toujours été un oiseau libre. Il ne reste jamais très longtemps à la même place. Corneille, l’oiseau voyageur a fait le tour du Monde : Afrique noire, Amérique latine, Mexique, Brésil, Asie du sud-est, Indonésie, Bali, Chine, Japon, Israël, Etats-Unis, Italie, Hongrie, Danemark, etc. . Chaque voyage est l’occasion de nouvelles rencontres, de nouvelles inspirations. En 1995, il s’installe pourtant avec sa famille dans la région du Val d’Oise à Villiers-Adam où il vit encore actuellement. La lumière de cette région a de tout temps attiré d’illustres peintres. De son atelier au milieu des champs qu’il ne quitterait pour rien au monde, Corneille se laisse imprégner par la lumière et le chant des oiseaux. Il est considéré par beaucoup comme le peintre lumineux de la couleur: « la lumière pour un peintre, dit-il, c’est le bonheur ! ». Villiers-Adam, à quelques kilomètres seulement d’Auvers-sur-Oise, lui permet de rester proche de son compatriote Van Gogh dont il est depuis toujours un fervent admirateur.

Bien que l’on puisse voir une continuité dans son travail depuis ses débuts à aujourd’hui, l’œuvre de Corneille se compose de plusieurs périodes bien distinctes les unes des autres: la période de jeunesse jusqu’à 1947 où le portrait a une place importante ; la période « COBRA » de 1948 à 1951, très imaginative avec des personnages étranges et un bestiaire coloré ; la période « post-COBRA » souvent décrite comme sa période d’Abstraction lyrique de 1951 à 1955; et la période minéralogique de 1955 à 1965, qu’il appelle lui-même « géologique », où les compositions et les formes rappellent le désert du Hoggar. Michel Ragon parlera de « paysagisme abstrait » ; la période figurative à partir de 1970 où femmes, oiseaux et serpents s’entremêlent. On retrouve en effet dans l’œuvre de Corneille les thèmes principaux de la Femme (peinture « Reflet dans le miroir », 1980), de l’Oiseau (peinture « Le grand oiseau », 1950), du Chat (peinture « femme au chat », 1982) ainsi que ceux des Astres (lithographie « le soleil et l’oiseau »-1999), de la Musique (aquagravure « Hommage à Mozart ») et de la Nature (peinture « La Mer est un jardin », 1959). Ses thèmes de prédilection s’expriment seuls ou en dialogue avec un ou plusieurs autres de ces thèmes. Nous assistons en 2007-2008 à une nouvelle période dans son œuvre, une synthèse de ses différentes périodes, où compositions abstraites, « couleurs Corneille », éléments comme la tête de femme, l’oiseau, se retrouvent rassemblés dans des œuvres toujours pleines de poésie. Fin 2008, pour couronner la rétrospective « Corneille, Un peintre solaire à Auvers-sur-Oise » et réitérer son attachement à la région, Corneille magnifie Auvers-sur-Oise avec l’œuvre « L’église d’Auvers ». Pour rendre hommage à sa passion pour la musique, et aux nombreuses œuvres réalisées autour de compositeurs tels que Mozart, Beethoven, etc., le Festival de musique d’Auvers-sur-Oise invite Corneille en tant qu’artiste d’honneur.

Pendant plus de 70 ans, Corneille aura conjugué avec génie sous toutes ses formes un vocabulaire pictural personnel, coloré et envoûtant. Son oeuvre est un appel à la rêverie et à la liberté. Dimanche 05 septembre 2010, l'oiseau-Corneille nous quitte laissant derrière lui une oeuvre magistrale à transmettre aux générations présentes et futures.

Nicolas Delamotte-Legrand.


« Le meilleur tableau est celui
que la raison ne peut admettre ».

Corneille

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Schana B. Gallery – 7 rue des Minimes, 1000 Bruxelles (BE) – schanab@corneilleguillaume.com

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